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Les Plantagenêts

LES PLANTAGENÊTS ÉTAIENT UNE BRANCHE DE LA MAISON D'ANJOU QUI A RÉGNÉ SUR L'ANGLETERRE DE 1154 À 1485 ET QUI DEVAIT SON NOM AU COMTE D'ANJOU GEOFFROY V, SURNOMMÉ " PLANTAGENÊT ".

 

Cette famille a été étroitement liée à l'histoire de France suite au mariage de Henri II en 1152 avec Aliénor d'Aquitaine, duchesse de ce territoire et ancienne épouse du roi de France Louis VII. Presque tout l'ouest du royaume passa alors sous le contrôle des Plantagenêts.

 

 

Henri II, devenu roi d'Angleterre en 1154, souhaitait contrôler de près les territoires placés sous son autorité, ce qui n'a pas été du goût de tous les seigneurs. Par exemple, les Lusignan s'engagèrent très vite dans des conflits destinés à contester et à remettre en cause le pouvoir des Plantagenêts. Ainsi, alors que l'Aquitaine a été confiée à Aliénor, assistée du comte Patrick Salisbury, chef de guerre expérimenté, celui-ci a été assassiné en 1168 lors d'une embuscade.

Les Lusignan ont été accusés d'être les responsables de ce piège ; certains historiens pensent même que Amaury, le futur roi de Chypre et de Jérusalem, aurait été le meurtrier, ce qui expliquerait son départ peu de temps après pour la Terre sainte. Toujours est-il que le château de Lusignan a été alors pris et- totalement ou partiellement- rasé sur ordre de Henri II (ce fait a pu être confirmé lors des sondages archéologiques qui ont eu lieu sur le site du château en 1995 sous la direction de Jean-Paul Nibodeau).

 

En 1172, Richard Coeur de Lion, alors âgé de quatorze ans, devint duc d'Aquitaine; mais, l'année suivante, son frère aîné Henri le Jeune n'avait toujours pas reçu de terre de son père. Aliénor et ses fils se révoltèrent contre Henri II et reçurent le soutien de la plupart des barons du Poitou et de l'Angoumois parmi lesquels Geoffroy et Guy de Lusignan. Le mouvement prit fin en juillet 1174 et Aliénor fut emprisonnée pendant plusieurs années. Quinze ans après, un nouveau soulèvement éclata au cours duquel Geoffroy de Lusignan aurait tué un des plus proches conseillers du roi Richard.

Là encore, la révolte échoua au bout d'un an et les rebelles furent contraints d'implorer la paix à Henri II qui la leur accorda à condition qu'ils prennent la croix. C'est ainsi que Geoffroy partit pendant l'été 1188 pour la Terre sainte (voir l'article sur « Les Lusignan aux croisades »).

 

A partir de 1189-1190, les Lusignan se rangèrent résolument du côté du nouveau roi d'Angleterre, Richard Coeur de Lion. Ce soutien s'avéra très payant: en effet, il permit à Guy de Lusignan de racheter l'île de Chypre en 1192 (voir l'article sur le royaume de Chypre) et il contribua à la réalisation d'unions avantageuses. Par exemple, Geoffroy, à son retour de la troisième Croisade, épousa en secondes noces Eustache Chabot, riche héritière qui lui apporta le château de Moncontour- actuellement dans le nord de la Vienne. Autre exemple: Raoul d'Exoudun, frère d’Hugues IX, épousa en 1194 Alix, héritière du comté d'Eu en Normandie et de la baronnie d'Hastings en Angleterre.

Il paraît évident que Richard a joué un rôle dans cette union.

 

La mort de Richard Coeur de Lion à Chalus en 1199 modifia considérablement la nature des relations entre les Lusignan et les Plantagenêts. Deux événements contradictoires se produisirent en 1200. Le 21 janvier, Hugues IX et son frère Raoul allèrent à Caen prêter hommage-lige à leur suzerain, le roi d'Angleterre et comte de Poitou Jean. Ils lui accordèrent ainsi leur soutien contre son neveu Arthur de Bretagne, lui-même prétendant au trône et soutenu par Philippe Auguste; mais, quelques mois plus tard, Jean mit fin aux fiançailles de Hugues IX avec Isabelle Taillefer, héritière du comté d'Angoulême. Il enleva cette dernière et l'épousa à Chinon le 24 août. Il semble qu'il n'y ait eu ni négociation au préalable, ni compensation prévue, ce qui constituait une faute grave de la part du roi d'Angleterre qui rompit ainsi le lien féodal qui l'unissait à son vassal.
Cet événement poussa les Lusignan à accomplir une démarche nouvelle pour eux en faisant appel à Philippe Auguste pour prononcer la commise des biens de Jean. Celle-ci a été prononcée le 28 avril 1202 et a été suivie de la conquête militaire de la Normandie, du Maine, de l'Anjou et de la Touraine par l'armée royale française.

A partir de ce moment-là, les Lusignan cherchèrent à tirer le meilleur parti possible de la rivalité qui opposa Plantagenêts et Capétiens pour la domination de l'ouest de la France. Ils adoptèrent une stratégie d'alliances versatiles qui les amena au fait de leur puissance dans les années 1220-1230 avant de précipiter leur déclin.

 

Après s'être rangés du côté de Philippe Auguste, les Lusignan changèrent d'alliés en 1214. Jean sans Terre prépara alors une grande offensive contre le roi de France et débarqua à La Rochelle le 15 février. Il réussit à rallier la plupart des seigneurs de l'ouest sauf les Lusignan; mais un traité fut signé à Parthenay le 25 mai: le roi d'Angleterre accorda au fils aîné de Hugues IX la main de sa fille Jeanne et lui abandonna l'administration de la Saintonge et de l'île d'Oléron. Il confirma aussi à Hugues IX la possession définitive du comté de la Marche et en fit de même pour les territoires aux mains de Geoffroy et de Raoul. Mais en 1220, Hugues X provoqua la surprise en épousant non pas Jeanne, mais la mère de celle-ci, Isabelle d'Angoulême (voir les articles sur le comté d'Angoulême et sur Isabelle d’Angoulême).

 

Les Lusignan se rapprochèrent ensuite à nouveau des rois de France dont ils obtinrent des avantages tant financiers que territoriaux de plus en plus importants. En échange, ils confirmèrent leur fidélité à plusieurs reprises lors de la signature de traités comme ceux de Bourges en 1224 ou de Clisson en 1230. Un nouveau revirement se produisit néanmoins en 1241. Louis IX décida alors de confier les comtés de Poitou et de Toulouse à son frère Alphonse de Poitiers. Après lui avoir d'abord prêté serment de fidélité, Hugues X, probablement poussé par son épouse, fit une volte-face en rompant publiquement son hommage à Poitiers à la Noël 1241. Le couple obtint ensuite le soutien de la plupart des nobles du Poitou, de Saintonge et de Guyenne. Il sollicita également la venue d’Henri III. Celui-ci débarqua avec sa flotte à Royan le 13 mai, puis déclara la guerre à Louis IX le 16 juin; mais l'armée royale fut plus forte et les coalisés furent battus à Saintes, puis à Taillebourg en juillet. Henri III manqua d'être capturé à Barbezieux et réussit finalement à se réfugier à Bordeaux.

Cet épisode malheureux entraîna dans les décennies suivantes un recul de l'influence de ces deux dynasties sur le territoire français et même un déclin irrémédiable pour les Lusignan alors que les Capétiens poursuivirent l'intégration de différentes régions dans le domaine royal.

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE :
« Les Plantagenêts; un Empire au Moyen Age »; les collections de l’histoire, n°59, avril-juin 2013, 98 p.
AURELL (Martin), L’Empire des Plantagenêt, 1154-1224, Paris, éd. Perrin, 2002.
BARTHELEMY (Dominique), La France des Capétiens, 987-1214, Paris, 2012, éd. du Seuil (coll. « points histoire »). 376 p. (à lire pour les chapitres sur les relations entre Plantagenets et Capétiens).