C’EST VERS 950, SELON LA CHRONIQUE DE SAINT-MAIXENT, QU’HUGUES II CARUS DE LUSIGNAN ÉTABLIT LE PREMIER CHÂTEAU SUR ORDRE OU AVEC L’AUTORISATION DU COMTE DU POITOU (« CASTRUM LIZINIACUM...PRIMUS CASTRUM »).

 

 

Lusignan est une position avancée qui permet de contrôler les routes menant de Poitiers à Saint-Maixent, Niort, Saintes et Saint-Jean-d’Angély.
Au début du XIe siècle, Hugues IV possède déjà les châteaux de Lusignan, Couhé et Vivonne. Ainsi, Lusignan devient le siège d’une châtellenie et le système féodal se met en place.

 

En 1168, en représailles à l’assassinat de Patrick de Salisbury, représentant d’Henri II, roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine, ce dernier fait raser le château des Lusignan, commanditaires de l’embuscade mortelle. (Voir Plantagenêt)

 


HISTORIQUE

 

Hugues VIII de Lusignan aurait entrepris la reconstruction du château. Hugues IX le transforma en véritable forteresse à partir de 1185. Dès lors, le château occupa avec certitude la place qu’on lui connaît sur le promontoire rocheux qui domine les vallées de la Vonne et du Bourceron. On ignore totalement si des travaux furent menés par Hugues X et Isabelle d’Angoulême ce qui correspondit pourtant à l’apogée des Lusignan dans les années 1220-1230.

 

 

Après la mort d’Hugues XIII, le château passa dans le domaine royal en 1308. Il n’est pas possible, dans l’état actuel des recherches, de définir l’allure du château pour cette période.

Suite à la Guerre de Cent ans et après la capitulation tardive des Anglais à Lusignan en 1374, Jean, duc de Berry, et frère du roi Charles V, reçoit le Poitou en apanage.

Il entreprend d’importants travaux dans le château, surtout à partir de 1386, en l’embellissant de décors somptueux. Il a la bonne idée de le faire représenter sous la forme d’une miniature, dans le calendrier des Très riches heures du duc de Berry, nous laissant ainsi une image de ce qu’il était au début du XVe siècle. Après d’autres travaux, il désigne, en 1412, un capitaine pour diriger cette forteresse.

 

Théâtre des conflits de la guerre de Cent Ans, le château continue d’être entretenu régulièrement au moins jusqu’à la construction, en 1466, par la volonté de Louis XI, d’une chapelle dédiée à Saint-Michel, à côté du bâtiment dénommé le « logis de la Reine », (une console de cette chapelle détruite est visible dans un mur de la place du Gouverneur à Lusignan).

Au XVIe siècle, la forteresse a probablement fait l’objet de nouveaux aménagements, notamment un jeu de paume, car François 1er y a fait plusieurs séjours.

 

Nous avons un aperçu du château à cette époque grâce à une esquisse cavalière effectuée pendant le siège de 1574/1575. La difficile reprise de la place forte, par le duc de Montpensier pendant cet hiver 1574/1575, amène le roi Henri III, sur la demande des habitants de Poitiers, à décréter le démantèlement du site qui commence en février 1575 sous l’autorité du sieur de Chémerault ; celui-ci se servit d’ailleurs des matériaux pour ériger son propre château. Le rasement est long, comme l’illustrent les appels aux manœuvres, maçons, recouvreurs et pionniers de février 1575 à mars 1577.

 

Le 31 juillet 1621, une ordonnance royale décrète que :

« LES FORTIFICATIONS DES VILLES ET CHÂTEAUX INUTILES À LA DÉFENSE DES FRONTIÈRES, ET PROPRES À SERVIR DE RETRAITE AUX PERTURBATEURS DE LA PAIX PUBLIQUE SERAIENT DANS TOUTE L’ÉTENDUE DE LA FRANCE, RASÉES ET DÉMOLIES ».

 

Les réparations de 1585 et 1615, ainsi que la tour Mélusine jusque-là épargnée « pour mémoire de ce lieu », sont vouées à la démolition complète pour les parties en élévation, sur décision de Louis XIII, datée du début de 1622, à charge au corps de ville de Poitiers de suivre le chantier.

 

En 1627, le fossé entre la ville et le château est comblé avec une partie des matériaux provenant de la démolition de ce dernier. La place du Bail en sort agrandie et l’existence de cette forteresse s’achève. Le site est définitivement aménagé en promenade sur l’initiative de l’intendant La Bourdonnaye de Blossac en 1774 qui, pour certaines parties, met le rocher à nu et, pour d’autres, recouvre les vestiges sous un mètre cinquante à deux mètres de gravats.


Les vestiges du château de Lusignan sont inscrits sur la liste supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1997.

Cette protection assure la conservation du potentiel archéologique du site pour des recherches futures. De surcroît, les Promenades recouvrent des maçonneries qui nous permettraient de mieux comprendre l’organisation du château.

 


DESCRIPTION

 

Le château du XIIe siècle est installé sur un vaste éperon rocheux calcaire, idéalement situé ; les chroniqueurs disaient encore, à la fin du XVIe siècle, que « le lieu était assez reconnu, tant pour sa beauté, assise et ancienneté, que pour sa force naturelle et artificielle qui émanait de cette place ».

Orienté sud-ouest / nord-est, celui-ci est long de 350 mètres, large de 30 mètres à son extrémité nord-est et de 110 mètres à l’ouest.

 

 

Poterne Nord 1a

1 - Poterne Nord

Tour Melusine 1a

2 -Tour Mélusine

Tour Melusine 2a

3 -Tour Mélusine

L’enceinte du château épousait le promontoire tant dans sa partie nord qu’à l’est et au sud.

Cette muraille était doublée de fausses-braies représentées sur les documents iconographiques pour le sud et lisibles dans le tracé cadastral au nord.

 

Partie la plus vulnérable du château, le front ouest se composait de deux lignes de défenses dont la première était complétée d’un ouvrage d’entrée fortifié, « le portail du bail », bien visible sur l’esquisse cavalière de 1574. Cet ouvrage était percé d’une porte dans son mur sud donnant sur une grande esplanade, la place du Bail. Elle était encadrée par deux tours couvertes par une toiture. Un pont-levis et des fossés profonds complétaient l’ouvrage.

Ainsi le château n’était accessible que par cette entrée fortifiée donnant sur une « grande avenue » : la place du Bail qui séparait le château de la ville. De nos jours, l’accès à cette place s’effectue par la rue Mélusine et la rue Saint-Louis.

De ce fortin, on allait directement à un autre pont-levis qui était devant la seconde porte, dénommée « le portail Geoffroy », appelée ainsi car son fronton était soi-disant décoré d’une sculpture représentant Geoffroy la Grand ’dent avec les armes des Lusignan, burelé d’argent et d’azur. (Voir l’héraldique)

 

Elle possédait un pont-levis et des « grandes douves assez profondes larges et bien talucées » mentionnées dans un texte du XVIe siècle.

Cette porte permettait de franchir la première enceinte matérialisée aujourd’hui par le talus et l’entrée des Promenades de Blossac. Cette enceinte allait de la tour de la fontaine de Mélusine au nord à la tour dite de l’Horloge ou de la Lanterne au sud. Si cette dernière a disparu, il reste de la première tour quelques assises de soubassement qui présentent une base talutée à ressauts prise dans l’argile.

Cette protection des murs est caractéristique d’autres fortifications du début du XIIIe siècle (à l’exemple de Gençay). Par ailleurs, cette construction montre une composition architecturale complexe associant à la fois des plans quadrangulaire et circulaire. Sur cette tour prend appui de nos jours la tour nord-est du centre social. Les sondages archéologiques n’ont pas trouvé de fossé en avant de cette ligne. En revanche, au milieu du talus, les sondages archéologiques ont mis à jour les fondations d’une grosse tour dont la base est de même facture que celle de la fontaine de Mélusine.

 

Après cette seconde porte, on entrait dans une grande cour. A gauche, près de la grosse tour de la fontaine de Mélusine, il existait une grange et quelques petits logis.

Une chapelle était attenante à cette imposante tour.

Toujours sur la gauche, des grandes écuries étaient édifiées à côté du moulin à chevaux mentionné au XVIe siècle. Les sondages archéologiques ont permis de découvrir près des fondations de cette grosse tour, des bâtiments rudimentaires en sol battu, mais de bonne qualité, et indiquent que nous sommes là dans la basse-cour.

Cet ensemble est lisible sur l’enluminure du XVe siècle où l’on remarque à gauche plusieurs bâtiments couverts de tuiles et groupés autour d’une grosse tour.

 

La seconde enceinte était percée de la porte de l’échelle qui commandait la haute cour du château. Celle-ci était accessible par un pont-levis et possédait des « douves larges et profondes » (XVIe siècle). Elle disposait de quelques chambres à l’étage. Après l’avoir franchi, à droite plus en avant, se dressait un corps de logis regardant sur la Basse-ville, nommé le logis de la Reine, où l’on trouvait, au XVIe siècle, un appartement avec une salle à manger et, près de cette salle, il existait une porte dérobée qui conduisait par un escalier au nord du château, au corps de logis des galeries, puis à la tour Mélusine. Le logis de la Reine était « soutenu par un pilier qui servait d’arc boutant » (XVIe siècle). Au-dessous de ce bâtiment, il existait des caves. Entre la porte de l’Echelle et le logis de la Reine, on apercevait quelques bâtiments et la chapelle Saint-Michel qui renfermait une cave.

 

A gauche, depuis la porte de l’Echelle, il y avait un corps de logis qui allait jusqu’à la tour Mélusine. Saillante sur le front nord, la tour Mélusine était la plus imposante et commandait aux autres. Les vestiges de sa base éventrée affirment une construction de grande qualité en pierre de taille. Cette base est formée d’un talus élevé et interrompu. Sur le parement intérieur de son rez-de-chaussée, se devine le départ d’une voûte en berceau. Sur l’enluminure du XVe siècle des Très riches heures du duc de Berry, la tour Mélusine est la seule à être couronnée de mâchicoulis sur consoles, ouverte de larges fenêtres et aussi la plus richement décorée. Son principe de construction est semblable à celui de la tour Maubergeon de Poitiers, ce qui permettrait d’attribuer son élévation à Jean, duc de Berry.

 

Plus en avant, la muraille est percée d’une poterne dégagée il y a une vingtaine d’années lors de sondages archéologiques. Couverte d’un arc plein cintre, elle était défendue par deux archères en étrier, caractéristiques du début du XIIIe siècle, et ouvertes sur un escalier en vis dont il ne reste que l’arrachement des marches dans le mur. A son soubassement, à droite en entrant, se trouve une cavité taillée dans le rocher qui aurait pu servir de salle pour des gardes.

 

En allant vers l’est et tout droit en direction de la tête du château, au XVIe siècle, il existait un jeu de paume non couvert et, au bout, de grandes salles « tant hautes que basses » possédant des chambres et des salles. Du haut de ce corps de logis, il y avait de longues galeries en « portique », regardant sur le Parc et son vallon. Selon les chroniqueurs du XVIe siècle, « elles étaient magnifiquement lambrissées avec de beaux et plaisants cabinets et de belles chambres et une petite salle ». Après ce magnifique corps de logis était situé un verger. Une galerie à pan de bois, visible sur l’esquisse du XVIe siècle, reliait perpendiculairement le logis de la reine au sud et le logis des galeries au nord. Bien sûr, il ne reste plus rien en élévation de ces constructions résidentielles; néanmoins, les sondages archéologiques ont localisé au nord-est du site un ensemble de murs y correspondant. Ceux-ci étaient couverts d’un enduit jaune et le sol, de briques de terre cuite.
On trouve aussi dans le jardin public, en partie à l’emplacement de la grande cour, l’entrée d’une salle souterraine (au sud de la tour Mélusine, vers le centre des Promenades). Des fouilles effectuées en 1953-1954, localisèrent à côté une autre salle qui fut rebouchée suite à un effondrement empêchant toute exploration.

 

La pointe de l’éperon était marquée par la tour poitevine. La légende raconte que la fée Mélusine y prit son envol, sous la forme d’un dragon, quittant pour toujours Raymondin... Mais peut-être pas Lusignan ! Cette tour faisait partie des plus imposantes du château, mais, à la différence de la tour Mélusine, sur l’enluminure du XVe siècle, elle était couronnée de hourds comme les autres tours. Désormais, la pointe de l’éperon est ouverte par un large escalier qui, de l’extrémité des Promenades, rejoint la route de Poitiers en contrebas.

En empruntant cet escalier, on peut encore observer les quelques assises restantes d'une tour hémicylindrique qui flanque le front sud.

 

 

Quelques visiteurs illustres
En 1241, Louis IX et son frère Alphonse, comte de Poitou; puis, vers 1248, Louis IX
En 1418, le dauphin Charles, futur Charles VII
En 1451, Jacques Cœur, prisonnier
En 1453, Charles VII
En 1488, Louis d’Orléans, futur Louis XII, prisonnier
En 1520 et 1530, François 1er
En 1539, Charles Quint